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Un art pour tous

    La mise en place de moyens de production industriels permet une production sociale de nombreux produits Art nouveau, à coût réduit et à diffusion maximale, l’art devenant ainsi accessible à la petite bourgeoisie, parfois à la classe moyenne, mais toujours pas aux classes populaires.

    Par ailleurs, tous les artistes du mouvement Art nouveau souhaitent l’amélioration des conditions de vie du peuple. Cette conception de l’art et cet idéal d’une vie meilleure s’explique par l’influence du socialisme en plein essor depuis les années 1880.

    Certains créent donc des meubles et des objets pour le peuple qui sont esthétiques et pratiques. On peut de nouveau citer le cas de Serrurier-Bovy, qui va jusqu’à abandonner l’architecture pour se consacrer à partir de 1905 à la conception de mobilier social, comme le mobilier « Silex », préfabriqué et standardisé, donc accessible aux classes moyennes mais toujours pas aux ouvriers.

    Ils conçoivent aussi des habitations, comme des chambres d’ouvriers, des logements sociaux, ou des édifices publics dont tout le monde peut profiter, comme des salles de spectacle, des écoles, des gymnases, des hôpitaux, des stations de métro…etc. On peut citer parmi d’autres exemples la Maison du peuple de Victor Horta, construite en 1895 à Bruxelles et malheureusement détruite en 1965, siège du Parti ouvrier belge, qui, malgré l’économie de moyen imposée, était une œuvre magistrale, aux vastes surfaces, où abondait la lumière, profitable au plus pauvres.

    Toutefois, comme nous l’avons montré auparavant, l’Art nouveau reste dépendant d’un modèle de création artiste/artisan qui empêche en partie la mise en pratique d’une production en série et donc d’une diffusion à bon marché.

    De plus, on remarque que les objets Art nouveau sont souvent associés à une consommation de luxe incompatible avec les bourses des classes démunies. Par exemple, les boîtes à café richement décorées correspondent toujours à d’importants volumes, 20, 50 ou même 100 kilos, ce qui témoigne d’un pouvoir d’achat important.

    Par ailleurs, certains domaines de l’Art nouveau comme l’architecture particulière, la peinture, la sculpture, la mode, la bijouterie et l’orfèvrerie restent totalement inaccessibles.

    D’autre part, c’est l’Art nouveau, qui depuis 1890, incarne les valeurs de la bourgeoisie libérale progressiste, car ce style par sa complexité, répondait à l’esthétisme, au raffinement, et à la haute culture désirés par cette bourgeoisie, ce qui s’oppose à la conception d’un art pour tous.

Un art pour tout

    L’Art nouveau donne une place aussi importante aux art dits mineurs, c’est à dire les arts décoratifs, qu’aux arts dits majeurs, c’est-à-dire l’architecture, la peinture et la sculpture. Il relaie même au second plan la peinture et la sculpture, les arts décoratifs et l’architecture étant les plus importants.

    L’Art nouveau est un art total, en effet, on le retrouve partout : papier-peint, illustration, affiche, textile, bijouterie, sculpture, peinture, objets du quotidien (il n’est pas d’objet utilitaire dont on ne peut trouver un modèle caractéristique de l’esthétique Art nouveau : téléphones, lampes, papier à lettre, vaisselle, épingles à cheveux, boîtes…etc.)…etc. On peut citer la lithographie en couleur Job de Mucha datant de 1897, qui représente une femme typique de l’Art nouveau, jeune, belle, sensuelle, moderne (elle fume), portant une draperie qui laisse apparaître certaines parties de son corps et ses cheveux sont composés de multiples arabesques très stylisées et de vagues.

    Les architectes de l’Art nouveau développent, par ailleurs, le concept d’œuvre d’art total qui serait l’expression d’un nouvel art de vivre. En effet, lorsque les architectes construisent un bâtiment, ils conçoivent tout, de l’éclairage et du mobilier jusqu’aux tissus et aux tentures. Les architectes-décorateurs, voulant donner une conception unitaire à l’ensemble, ils utilisent tous les arts et chaque chose est en accord avec les autres. Par exemple, la maison-atelier de Victor Horta, construite en 1898 à Bruxelles, est entièrement pensée dans le style Art nouveau par Horta, jusqu’aux chaises ou aux frises décorant les murs, et de façon unitaire. Par exemple, toutes les ferronneries, que se soient à l’intérieur ou à l’extérieur, reprennent les mêmes lignes végétales stylisées, les formes florales du mobilier reprennent celles présentent sur les vitraux ou les papiers-peints.

    Toutefois, même les ensembles les plus cohérents nous montrent la grande variété stylistique des intérieurs. Toujours dans la maison-atelier de Victor Horta, alors que les moindres détails sont pensés dans des termes Art nouveau, les pièces sont décorées de bas-reliefs classiques, de peintures de paysages réalistes ainsi que de bibelots, consoles, céramiques, de style chinois.

Des domaines d’application investis depuis des siècles

L’Art nouveau laisse ainsi sa marque sur presque toutes les formes d’art. Il ne cherche pas à se démarquer de la création artistique antérieure. Les Cours européennes de l’époque moderne ont largement contribué au développement d’un art total, c’est-à-dire atteignant presque tous les domaines artistiques manuels. La Renaissance italienne l’atteste plus que tout avec l’idée de l’uomo universale théorisée notamment par Baldassare Castiglione au XVIe siècle. A la mi XVIIe, l’Académie de Peinture et de Sculpture créée par Colbert, les ateliers des Gobelins et l’école Boulle sont de bons exemples de cette hégémonie artistique en France. Il s’agit d’un véritable type de globalité artistique, spécifiquement européenne, au coeur de la conception même du terme « courant artistique ».

L’Art nouveau est donc un art aussi total que les courants antérieurs. Toutefois il se développe indépendemment de toutes formes de gouvernements politiques, contrairement à ce qui se passe à l’époque moderne. Les artistes Art nouveaux ont grandi avec la Révolution industrielle. Ils ont assisté au passage de l’artisanat local à l’industrie de masse et des chaînes de fabrication en usine. On produit ces objets à coût réduit avec une diffusion maximale, ce qui rend l’Art nouveau accessible à la petite bourgeoisie, la classe moyenne, mais pas aux classes populaires. L’action sociale de l’architecte Serrurier-Bovy est un cas probant : il abandonne son métier pour se consacrer dés 1905 à la conception de meubles standardisés pour les classes moyennes. Victor Horta, la maison du peuple.