En France le style Art nouveau atteignait son apogée il y a maintenant une centaine d’années, plus précisément lors de l’Exposition universelle à Paris en 1900. Ce courant artistique a également marqué une grande partie des pays européens : l’architecte Victor Horta à Bruxelles, ou encore Antoni Gaudi à Barcelone.  L’utilisation des lignes courbes et autres arabesques ainsi que la prédominance des motifs féminins, floraux et géométriques ont fait de ce courant un art créatif et original.

L’Art nouveau s’essouffle dans les années 1910…

Pourtant, l’Art nouveau tombe en désuétude vingt-cinq ans seulement après ses premières manifestations. Connaissant une évolution commerciale, le mouvement s’essouffle dans les années 1910. Toutefois c’est définitivement au début de la Première Guerre mondiale que sonne le déclin de l’Art nouveau. Le style, ayant pour objectif de renouveler les formes dans les arts décoratifs, a donc une consécration éphémère.

…laissant place à l’Art déco.

Si ce style est caractéristique de la Belle Epoque, l’après-guerre et les Années folles seront dominées par les formes géométriques de l’Art déco, illustrant bien mieux l’essor technologique et industriel des années 1920-1930. L’Art nouveau disparaît subitement,comme avalé d’une traite par un style tout aussi novateur et surtout beaucoup plus démocratisé. L’Art déco marque la naissance de l’art fonctionnel : qui n’est pas dépourvu de soucis esthétique mais qui tend à être avant tout utile, pratique et reproductible en usine.

Affiche de l'une des premières expositions Art déco à Paris, 1925

Armand Albert Rateau, Salle de bain de Jeanne lanvin, 1924-25 (marbre, bronze, verre, staff et stuc)

Vitrail de la gare de Limoge-Bénédictins, 1929

Qu’en est-il de l’Art nouveau aujourd’hui ?

Aucun courant artistique ne peut disparaître complètement, et il existe assez d’exemples connus pour avoir ce simple fait à l’esprit. Mais où est donc passé l’Art nouveau aujourd’hui ? Ou subsiste t-il et d’ailleurs, survit-il vraiment ?

Affiche de l'exposition "Art nouveau Revival" au musée d'Orsay, 2009

Rien de vaut les expositions pour rafraîchir la mémoire. Le musée de l’Ecole de Nancy en consacrera une très bientôt au maître nancéen Jacques Grüber à son oeuvre lumineuse et colorée, j’ai nommé ses puissants vitraux (Infos). Il s’agit de sa première rétrospective. Autre exposition consacré à l’Art nouveau en tant que source d’inspiration primaire : « Art nouveau Revival » au musée d’Orsay (voire l’article). Sans oublier toutes les petites expositions locales des artistes en milieu rural, spécifiquement dans le sud de la France, en Belgique et en Allemagne.

Le Chat noir de Montmartre : commercialisation d’une tendance

Apercevoir les traces de l’Art nouveau n’est pas difficile. A Paris, il suffit de se promener du côté de Montmartre et sur le boulevard Haussmann pour en trouver. Les dizaines d’étalages commerciaux ayant pour cible principale les touristes de passage arborent le logotype du Chat noir de Rodolphe Salis. Il est imprimé sur les sacs, vêtements, tasses, portes clé, bref sur toutes babioles souvenirs dont les étrangers fous de Paris son friands.

Théophile Alexandre Steinlen, affiche de la Tournée du Chat noir de Rodolphe Salis, 1896

L'ancien cabaret le Chat noir, boulevard de Clichy à Paris (18e)

En réalité, le caveau du Chat noir est un cabaret de style Art nouveau naissant, ayant été ouvert en 1881 et se situant au 68 boulevard de Clichy. L’affiche populaire a été réalisée des années plus tard par Théophile-Alexandre Steinlen, peintre et lithographe originaire de Lausanne. Steinlen fréquente le Chat Noir à partir de 1884 et s’avère être un grand amateur de félins, son sujet pictural préféré. C’est aussi un bon ami de Toulouse-Lautrec, qui comme lui n’a jamais cessé d’être populaire dans l’imaginaire des touristes (comme des parisiens). L’Art nouveau et la Belle Epoque reste une tendance indéniable et participe largement au rayonnement culturelle de la France tout en profitant allègrement aux petits commerçants de Montmartre…

L’Art nouveau s’est également réinventé dans les années 60 et 70 au cinéma…

Les films de la Belle époque

L’Art nouveau au restaurant Spoerri : une folie des années 70

En 1968, Daniel Spoerri, artiste suisse, décide d’ouvrir un étrange restaurant à Düsseldorf baptisé le restaurant Spoerri.

De nombreux artistes dont Arman, Ben et Niki de Saint-Phalle sont invités à garnir la table de mets créatifs, parfois exotiques, comme du ragoût de python ou du steak de tigre. François-Xavier et Claude Lalanne, un couple de sculpteurs français, sont également conviés à ce délire inscrit dans le courant du Eat art. Ils ont l’idée d’organiser un dîner cannibale.

Pour cela Claude fait un moulage de cuivre sur le corps de François-Xavier, puis découpe ce moulage avant d’en servir les organes bien « frais » (oreilles en beurre, têtes emplies de chapelets de saucisse, doigts en quenelle, pieds en pain et phallus sucré).

Claude et François-Xavier Lalanne, chaise sculptée, 1970

Claude et François-Xavier Lalanne, couverts pour un Dîner cannibale, 1970

Ce qui nous intéresse sont les couverts et les chaises ayant servi à l’élaboration de cette installation artistique de 1970. Finement ciselés, ces objets gracieux et utilitaires sont composés d’arabesques végétales et autres courbes sinueuses faisant incontestablement pensée au style Art nouveau !

La sculpture des Lalanne

Les oeuvres des Lalanne sont très souvent marquées d’une influence Art nouveau. Le couple a exposé très récemment, du 18 mars au 4 juillet au musée des Arts décoratifs à Paris. 150 sculptures ont été dévoilées au grand public dans la nef du musée.

François-Xavier Lalanne, série de sculptures

François-Xavier Lalanne, série de sculptures

Des formes épurées, un bestiaire extrêmement riche (oiseaux, félins, rhinocéros, cheval, mouton, insectes), un côté indéniablement utilitaire  dans chacune de leurs oeuvres, les mêmes matériaux qui reviennent (cuivre, bois, fer forgé, dorure, argenture) : voilà ce qui caractérise la sculpture des Lalanne.

François-Xavier est décédé en 2008, sa femme Claude est toujours active et très productive. Leur succès reste mondial. Leur oeuvre constitue une ultime survivance de l’Art nouveau. Et ce ne sont pas les seuls artistes des années 1960-70 qui s’en inspirent…

Philippe-Wolfer, Libelle (pendentif libellule) 1902

Dans la mesure ou l’Art nouveau se développe dans l’idée d’une opposition plus ou moins ferme à l’essor industriel, on peut aussi interpréter le style comme une lutte entre l’organique contre la machine.

Les artistes contemporains reprennent l’esthétique organique

L’inspiration de la nature en Art nouveau a inspiré elle-même énormément d’artistes contemporains. Cela se retrouve notamment dans le mobilier moderne avec le designer Carlo Bugatti ou encore Isamu Noguchi et ses Coffee Table. François-Xavier et Claude Lalanne montrent que l’organique constitue toujours une influence dans Arts décoratifs.

Carlo Bugatti, Salon escargot, v. 1960

On peut par ailleurs émettre l’hypothèse que l’organique dans l’Art nouveau influença certaines oeuvres du suisse Hans Ruedi Giger. A l’ère de la technologie largement avancée, cet artiste fait prodigieusement fusionné la machine et l’organique Le résultat a donné naissance a la créature de la tétralogie Alien et à un univers extra-terrestre tout à fait terrifiant. Forme féminine mutante et monstruosité cosmique domine dans son travail, qui va de la lithographie à la sculpture, du mobilier au design des pochettes d’album.

H. R. Giger, stèle, musée Giger (Gruyère)