Architecture: la France face à l’Europe


Le style Art Nouveau en architecture prend ses racines dans le style néogothique, le baroque, le japonisme, le mouvement anglais Arts & Crafts et l’émergence de nouveaux matériaux de construction comme l’acier, la fonte, le vitrage industriel, et un peu plus tard le béton puis le béton armé

Il est intéressant de comparer l’architecture Art nouveau en France avec l’architecture européenne (la Belgique et l’Espagne par exemple).

L’un des pionners de l’Art nouveau en France est Hector Guimard qui, suite à son séjour en Belgique en 1894, introduit ce courant artistique à Paris. Il est alors très inspiré par l’artiste belge Victor Horta.

Castel Beranger (portail) - 1895-1898

L’immeuble « Castel Beranger », est l’un des chefs-d’oeuvre majeurs de l’Art nouveau en France. Sa construction a lieu à partir de 1895 jusqu’en 1898. Guimard applique ici des principes préconisés par l’architecte et théoricien Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) comme le rejet de la planéité et la symétrie. On retrouve à l’extérieur du bâtiment, d’autres thèmes chers à l’auteur : le bow-window, la loggia, le balcon et la ferronnerie ouvragée.

Castel Beranger (façade)

Hôtel Tassel (escalier)

L’artiste le plus représentatif de l’architecure Art nouveau en Belgique est incontestablement Victor Horta; les éléments de son langage sont la « ligne coup de fouet » et les courbes qui s’enlacent. C’est en 1892 qu’il réalise l’Hôtel Tassel, une de ses oeuvres les plus emblématiques étant donné qu ‘elle est la première à entièrement casser l’agencement classique des pièces dans les demeures bruxelloises.

Hôtel Tassel (intérieur)

On observe alors une influence évidente du style belge sur l’art français; Guimard apprend beaucoup lors de son séjour à Bruxelles avec Horta. L’architecte français reprend donc le thème des grandes arabesques ainsi que l’utilisation du fer forgé, notamment dans la réalisation des bouches du métropolitain, à Paris en 1900.

Guimard - Fer forgé (détail)

En Espagne, Gaudi, jeune architecte, est d’abord inspiré par Eugène Viollet-le-Duc (comme Guimard) mais bien vite, il rompt avec le modèle néogothique et se fait remarquer par son originalité et sa fantaisie. Dès ses premiers projets, il fait cohabiter architecture et mobilier. Inscrit dans la mouvance de l’Art nouveau alors en vogue en Europe, il sera rapidement le porte-étendard du modernismo, qui en est la variante espagnole.
Les matériaux utilisés par Gaudi sont divers: pierre, céramique, tuile, fer forgé, verre et briques.
La Casa Batllo à Barcelone est un très bon exemple. Cet immeuble a été entièrement réformé par l’artiste entre 1904 et 1906, pour la famille Batllo. Cet édifice dégage une indéfinissable sensation de légerté malgré la profusion des formes et des motifs. Sa façade ondulée présente au premier étage une extraordinaire véranda à la strucuture de pierre dont les colonnes encadrent de belles fenêtres décorées de vitraux.

Casa Battlo - 1904-1906

Casa Battlo (façade et balcon)

L’architecture Art nouveau est donc un mouvement qui touche toute l’Europe et se manifeste différemment en fonction des pays. L’art nouveau en France influence et est lui-même influencé, ce mélange de style constitue sa richesse. Et c’est ce qui fait sa renommée dans l’art européen.

Villas et hôtels : une architecture hors du commun

L’architecture : un laboratoire d’expérimentation

Hector Guimard disait de l’architecture qu’elle

« comprend, dans son essence, dans sa formule, dans sa fonction, et dans toutes ses manifestations “tous les autres arts, sans exception. »

La conception architecturale constitue la synthèse idéale du style Art nouveau. Les immeubles, pavillons, théâtres, musées, villas et hôtels fleurissent partout en France et en Europe durant cette très courte période, participant à une expression artistique expérimentale hors du commun et au renouvellement de l’espace urbain.

Les villas et hôtels de la fin du XIXème et du début du XXème siècle ne manquent pas en Franc et en Europe. Des particuliers issus de la nouvelle bourgeoisie « passent commandes » aux architectes Art nouveau pour qu’ils élaborent et fassent bâtir ces édifices civiles.

Henri Sauvage, villa Majorelle (Nancy), 1901-1902

Hector Guimard, villa La Bluette (Hermanville s/ Mer), 1899

Les formes en saillie qui constitue la charpente de ces deux pavillons sont bien mise en évidence. Les structures sont similaires. Les fenêtres en façade principale hautes et terminées par des demi-arcs se retrouvent dans biens des édifices Art nouveau.

La richesse des matériaux

De riches décorations aniconiques foisonnent à l’intérieur de ces bâtiments civiles. Arabesques, courbes végétales fluides, entrelacements de toutes sortes entretiennent des rapport symétriques. L’ornement en fer forgé et le plaquage du bois sont très utilisés dans l’architecture Art nouveau. Chez Victor Horta on verra souvent du carrelage en mosaïques.

Victor Horta, hôtel Tassel (Bruxelles), 1892-1893

Victor Horta, un escalier de lhôtel Tassel

Victor Horta, hall dentrée de lhôtel Tassel

Beaucoup de féérie et d’harmonie imprègnent ces bijoux d’architecture. On en revient aux caractéristiques de base de l’Art nouveau : l’inspiration de la nature, la volupté académique, les formes étranges tout en finesse et les couleurs chaudes, chatoyantes, revêtant l’ensemble d’un aspect onirique.

Ernesto Basile, entrée du grand hôtel Vola Igea (Italie), 1899

Allons désormais plus au sud…

En Espagne, au Portugal comme en Italie on trouve autant de villas et hôtels Art nouveau qu’en Europe du Nord. Il y a très peu de distinctions stylistiques. L’Art nouveau s’est fabriqué un réseau d’influences complet et global.

Toutefois l’architecture civile peut variée même à l’intérieur d’un courant artistique aussi difficilement « muable » que l’Art nouveau.

La Villa Ruggeri de Giovanni Brega s’est dressée à Pesaro en portant le poids de l’héritage culturel du pays. Les décors alambiqués, lyriques et flamboyants du baroque italien transparaissent sur cette large façade. Les arabesques blanches qui façonnent les saillie ornementales font penser aux enroulements désespérés du bâti du XVIIe siècle.

Giovanni Brega, villa Ruggeri (Pesaro), 1902

Anonyme, porte Salamanca (Espagne), 1900

Les affiches

Les affiches de la Belle époque ne cessent de puiser leur inspiration dans l’art japonais. Les arbres en fleur du Japon incarnent une atmosphère de spiritualité et de calme, alors que les figures féminines réalisées d’après des modèles fugitifs, plus ou moins anonymes, inspirent une grande sensualité.

Paul Berthon, affiche pour le Salon des Cents

Kaempfer Series, Feuilles de Bambou, pin, feuilles de pruniers

L’affiche Art nouveau se plaît à incarner un idéal de beauté que l’artiste associe à un enjeu publicitaire. Les « muses », encerclées par la fioriture végétale, invitent à consommer (vin, savons, etc.), à aller voir une exposition (Oeuvre 1). C’est une véritable tendance populaire.

Alphonse Mucha, affiche publicitaire

On remarque que l’héritage de l’art antique est très présent, notamment dans l’oeuvre de Mucha. Les drappés, la couronne de fleur, la pose idéalisée révèlent les liens puissants avec la tradition classique. Il s’inspire beaucoup de l’iconographie des allégories mais aussi des Préraphaélites.

A Paris, l’affiche Art nouveau a indéniablement participé à la création d’une identité artistique bien spécifique : celle du Paris bohême. Toulouse-Lautrec en est le principal instigateur. Ces affiches populaires, et en particulier celles du Moulin-Rouge, incarnent l’état d’esprit bohême. Le personnage de la Goulue est souvent repris par Lautrec. L’artiste n’idéalise pas ces modèles. Les affiches pour le Moulin Rouge doivent avant tout attirer le regard, c’est leur raison d’être.

Toulouse-Lautrec, affiche pour le Moulin Rouge

La typograhie : sur les affiches Art nouveau, elle est irrégulière, extrêmement « fluide », parfois comme faite à la main plutôt qu’imprimée. Les mots sont dynamiques et accrocheurs (normal pour une publicité) et placés avec rigueur dans la composition général de façon à frapper les spectateur et susciter leur curiosité.

Toulouse-Lautrec, affiche pour le Moulin Rouge avec la Goulue